30 octubre, 2006

Michel Cioran - wikiquotes

J'ai toujours cherché les paysages d'avant Dieu. D'où mon faible pour le Chaos.

De l'inconvénient d'être né (1973)

  • à quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer.
  • Aime à être ignoré.
  • Après minuit commence la griserie des vérités pernicieuses.
  • Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoîts.
  • Avec le recul, plus rien n'est bon, ni mauvais. L'historien qui se mêle de juger le passé fait du journalisme dans un autre siècle.
  • [...] C'est la volonté de donner notre maximum qui nous porte aux excès et aux dérèglements.
  • C'est une aberration de se vouloir différent de ce qu'on est, d'épouser en théorie toutes les conditions, sauf la sienne.
  • Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard.
  • Ce n'est pas la peur d'entreprendre, c'est la peur de réussir, qui explique plus d'un échec.
  • Ce n'est pas le malheur, c'est le bonheur, le bonheur insolent, il est vrai, qui conduit à l'aigreur et au sarcasme.
  • Ce qu'on appelle sagesse n'est au fond qu'une perpétuelle réflexion faite, c'est-á -dire la non-action comme premier mouvement.
  • Ce que les autres font, nous avons toujours l'impression que nous pourrions le faire mieux. Nous n'avons malheureusement pas le même sentiment à l'égard de ce que nous faisons nous-mêmes.
  • Ce qui est fâcheux dans les malheurs publics, c'est que n'importe qui s'estime assez compétent pour en parler.
  • Certains ont des malheurs; d'autres, des obsessions. Lesquels sont le plus à plaindre?
  • Ceux que nous n'aimons pas brillent rarement dans nos rêves.
  • [...] Chacun engendre son propre ennemi.
  • Chacun expie son premier instant.
  • Chaque fois que je suis saisis par un accès de fureur, au début je m'en afflige et me méprise, ensuite je me dis: quelle chance, quelle aubaine! Je suis encore en vie, je fais toujours partie de ces fantá´mes en chair et en os...
  • [...] Choyé par la malchance.
  • Dans l'anxiété et l'affolement, le calme soudain à la pensée du foetus qu'on a été.
  • Dès que quelqu'un se convertit à quoi que ce soit, on l'envie tout d'abord, puis on le plaint, ensuite on le méprise.
  • Deux ennemis, c'est un même homme divisé.
  • Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous l&aacirc;cher.
  • Dire que tant et tant ont réussi à mourir!
  • Écrire est l'acte le moins ascétique qui soit.
  • [En parlant de l'homme] un singe occupé.
  • Être en vie! tout à coup je suis frappé par l'étrangeté de cette expression, comme si elle ne s'appliquait à personne.
  • Être objectif, c'est traiter l'autre comme on traite un objet, un macchabée, c'est se comporter à son égard en croque-mort.
  • Faire le mal est un plaisir, non une joie. La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations.
  • [...] Guérir de l'ennui par la stupeur.
  • Il faudrait se répéter chaque jour: Je suis l'un de ceux qui, par milliards, se traînent sur la surface du globe. L'un d'eux, et rien de plus. Cette banalité justifie n'importe quel conclusion, n'importe quel comportement ou acte: débauche, chasteté, suicide, travail, paresse ou rébellion.
    ... D'où il suis que chacun a raison de faire ce qu'il fait.
  • Il n'est pas d'art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui use de l'insolite d'une manière constante lasse vite, rien n'étant plus insupportable que l'uniformité de l'exceptionnel.
  • Il n'y a pas de chagrin limite.
  • Il ne faut pas s'astreindre à une oeuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant.
  • Il répugnait aux vérités objectives, à la corvée de l'argumentation, aux raisonnements soutenus. Il n'aimait pas démontrer, il ne tenait à convaincre personne. Autrui est une invention de dialecticien.
  • Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.
  • Il y a dans le fait de naître une telle absence de nécessité, que lorsqu'on y songe un peu plus que de coutume, faute de savoir comment réagir, on s'arrête à un sourire niais.
  • Imaginer, c'est se restreindre, c'est exclure.
  • J'ai décidé de plus m'en prendre à personne depuis que j'ai observé que je finis toujours par ressembler à mon dernier ennemi.
  • J'ai toujours cherché les paysages d'avant Dieu. D'où mon faible pour le Chaos.
  • J'aime lire comme lit une concierge: m'identifier à l'auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres.
  • J'aimerai être libre, éperdument libre. Libre comme un mort-né.
  • Jamais à l'aise dans l'immédiat, ne me séduit que ce qui me précède, que ce qui m'éloigne d'ici, les instants sans nombre où je ne fus pas: le non-né.
  • Je le sais. Mais à quoi me sert-il de le savoir?
  • Je n'ai pas la foi, heureusement. L'aurais-je, que je vivrais avec la peur constante de la perdre. Ainsi, loin de m'aider, ne ferait-elle que me nuire.
  • Je n'ai pas rencontré un seul esprit intéressant qui n'ait été largement pourvu en déficiences inavouables.
  • Je n'aimerais pas qu'on fît équitable à mon endroit: je pourrais me passer de tout, sauf du tonique de l'injustice.
  • Je ne connais la paix que lorsque mes ambitions s'endorment. Dès qu'elles se réveillent, l'inquiétude me reprend. La vie est un état d'ambition. La taupe qui creuse ses couloirs est ambitieuse. L'ambition est en effet partout, et on en voit les traces jusque sur le visage des morts.
  • Je ne lirai plus les sages. Ils m'ont fait trop de mal. J'aurais du me livrer à mes instincts, laisser s'épanouir ma folie. J'ai fait tout le contraire, j'ai pris le masque de la raison, et le masque a fini par se substituer au visage, et par usurper tout le reste.
  • Je ne me pardonne pas d'être né. C'est comme si, en m'insinuant dans ce monde, j'avais profané un mystère, trahi quelque engagement de taille, commis une faute d'une gravité sans nom.
  • Je pense à tant d'amis qui ne sont plus, et je m'apitoie sur eux. Pourtant ils ne sont pas tellement à plaindre, car ils ont résolu tous les problèmes, en commençant par celui de la mort.
  • Je rêve d'un confesseur idéal, à qui tout dire, tout avouer, je rêve d'un saint blasé.
  • Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde.
  • L'admiration n'a rien à voir avec le respect.
  • L'avantage d'être quelqu'un est plus rare que celui d'oeuvrer. Produire est facile; ce qui est difficile, c'est dédaigner de faire usage de ses dons.
  • [...] L'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit, alors que le succès nous éloigne de ce qu'il y a de plus intime en nous et en tout.
  • L'essentiel n'a jamais exigé le moindre talent.
  • L'histoire, à proprement parler, ne se répète pas, mais, comme les illusions des hommes est capable sont limités en nombre, elles reviennent toujours sous un autre déguisement, donnant ainsi à une saloperie archidécrépite un air de nouveauté et un vernis tragique.
  • L'homme accepte la mort mais non l'heure de sa mort. Mourir n'importe quand, sauf quand il faut que l'on meure!
  • L'homme est le cancer de la terre.
  • L'idée de progrès déshonore l'intellect.
  • L'inconscience est une patrie; la conscience un exil.
  • [...] L'injustice d'exister.
  • L'innocence, état parfait, le seul peut-être. Il est incompréhensible que celui qui en jouit veuille ne sortir. Pourtant l'histoire, depuis ses commencements jusqu'á  nous, n'est que cela et rien que cela.
  • L'interminable est la spécialité des indécis.
  • L'unique confession sincère est celle que nous faisons indirectement - en parlant des autres.
  • L'unique moyen de sauvegarder sa solitude est de blesser tout le monde, en commençant par ceux qu'on aime.
  • [...] La biographie d'une pensée [...]
  • La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
  • La clairvoyance est le seul vice qui rende libre libre dans un désert.
  • La hantise de la naissance, en nous transportant avant notre passé, nous fait perdre le goît de l'avenir, du présent et du passé même.
  • La maxime stoá¯cienne selon laquelle nous devons nous plier sans murmures aux choses qui ne dépendent pas de nous, ne tient compte que des malheurs extérieurs, qui échappent à notre volonté. Mais ceux qui viennent de nous-même, comment nous en accommoder? Si nous sommes la source de nos maux, à qui nous en prendre? à nous même? Nous nous arrangeons heureusement pour oublier que nous sommes les vrais coupables, et d'ailleurs l'existence n'est tolérable que si nous renouvelons chaque jour ce mensonge et cet oubli.
  • La moindre variation atmosphérique remet en cause mes projets, je n'ose dire mes convictions. Cette forme de dépendance, la plus humiliante qui soit, ne laisse pas de m'abattre, en même temps qu'elle dissipe le peu d'illusion qui me restaient sur mes possibilités d'être libre, et sur la liberté tout court. A quoi bon se rengorger si on est à le merci de l'Humide et du Sec? On souhaiterait esclavage moins lamentable, et des dieux d'un autre acabit.
  • [...] La pensée de la mort aide à tout, sauf à mourir!
  • La peur rend conscient, la peur morbide et non la peur naturelle. Sans quoi les animaux auraient atteint un degré de conscience supérieur au ná´tre.
  • La seule chose qu'on devrait apprendre aux jeunes est qu'il n'y a rien, mettons presque rien, à attendre de la vie.
  • Le Progrès est l'injustice que chaque génération commet à l'égard de celle qui l'a précédée.
  • La psyché de l'air sans plus, du vent en somme, ou, au mieux, de la fumée -, les premiers Grecs la considéraient ainsi, et on leur donne volontiers raison toutes les fois que l'on est las de farfouiller dans son moi ou dans celui des autres, en quête de profondeurs insolites et, si possibles, suspectes.
  • La seule manière de nous acheminer vers l'universel est de nous occuper uniquement de ce qui nous regarde.
  • La seule manière de supporter revers après revers est d'aimer l'idée même de revers. Si on y parvient, plus de surprises: on est supérieur à tout ce qui arrive, on est une victime invincible.
  • La véritable, l'unique malchance: celle de voir le jour.
  • Le désir de paraître subtil ne nuit pas à la subtilité. Un débile mental, s'il pouvait ressentir l'envie d'épater, réussirait à donner le change et même à rejoindre l'intelligence.
  • Le droit de supprimer tous ceux qui nous agacent devrait figurer en première place dans la constitution de la Cité Idéale.
  • Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu'il répète à chaque instant, il produit ce monde et n'importe quel monde, puisqu'il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus et plus puissant que tous les dieux réunis.
  • Le paradis n'était pas supportable, sinon le premier homme s'en serait accommodé; ce monde ne l'est pas davantage, puisqu'on y regrette le paradis ou l'on en escompte un autre. Que faire? où aller? Ne faisons rien et n'allons nulle part, tout simplement.
  • Le plaisir de se calomnier vaut de beaucoup celui d'être calomnié.
  • Le sage est celui qui consent à tout, parce qu'il ne s'identifie avec rien. Un opportuniste sans désir.
  • Le sage est un destructeur apaisé, retraité. Les autres sont des destructeurs en exercice.
  • Le salut? Tout ce qui amoindrit le règne de la conscience et en compromet la suprématie.
  • Le scepticisme est l'ivresse de l'impasse.
  • Le Temps, fécond en ressources, plus inventif et plus charitable qu'on ne pense, possède une remarquable capacité de nous venir en aide, de nous procurer à toute heure quelque humiliation nouvelle.
  • Le vrai contact entre les êtres ne s'établit que par la présence muette, par l'apparente non-communication, par l'échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure.
  • Les affres de la vérité sur soi sont au-dessus de ce qu'on peut supporter. Celui qui ne se ment plus à lui-même (si tant est qu'un tel être existe), combien il est à plaindre!
  • Les avantages d'un état d'éternelle virtualité me paraissent si considérables, que, lorsque je me mets à les dénombrer, je n'en reviens pas que le passage à l'être ait pu s'opérer jamais.
  • Les obsessions sont les démons d'un monde sans foi.
  • Les penseurs de première main méditent sur des choses; les autres, sur des problèmes. Il faut vivre face à l'être, et non face à l'esprit.
  • Lorsqu'on a commis la folie de confier à quelqu'un un secret, le seul moyen d'être sîr qu'il le gardera pour lui, est de le tuer sur-le-champ.
  • Ma mission est de souffrir pour tous ceux qui souffrent sans le savoir. Je dois payer pour eux, expier leur inconscience, la chance qu'ils ont d'ignorer à quel point ils sont malheureux.
  • Montaigne, un sage, n'a pas eu de postérité; Rousseau, un hystérique, remue encore les nations.
    Je n'aime que les penseurs qui n'ont inspiré aucun tribun.
  • N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi.
  • N'est pas humble celui qui se hait.
  • N'est profond, n'est véritable que ce que l'on cache. D'où la force des sentiments vils.
  • N'être pas né, rien que d'y songer, quel bonheur, quelle liberté, quel espace!
  • Naissance et chaîne sont synonymes. Voir le jour, voir des menottes...
  • [...] Naître, c'est s'attacher.
  • Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l'on soit croyant ou non.
  • Ne jamais s'évader du possible, se prélasser en éternel velléitaire, oublier de naître.
  • Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir.
  • Nous acceptons sans frayeur l'idée d'un sommeil ininterrompu, en revanche l'idée d'un éveil éternel (l'immortalité, si elle était concevable, serait bien cela), nous plonge dans l'effroi.
    L'inconscience est une patrie; la conscience, un exil.
  • Nous aurions du être dispensé de traîner un corps. Le fardeau du moi suffisait.
  • Nous avons perdu en naissant autant que nous perdrons en mourant. Tout.
  • Nous n'avouons nos chagrins à un autre que pour le faire souffrir, pour qu'il les prenne à son compte. Si nous voulions nous l'attacher, nous ne lui ferions part que de nos tourments abstraits, les seuls qu'accueillent avec empressement tous ceux qui nous aiment.
  • Nous ne comprenons ce qu'est la mort qu'en nous rappelant soudain la figure de quelqu'un qui n'aura été rien pour nous.
  • Nous ne pardonnons qu'aux enfants et aux fous d'être francs avec nous: les autres, s'ils ont l'audace de les imiter, s'en repentiront tá´t ou tard.
  • Nulle différence entre l'être et le non-être, si on les appréhende avec une égale intensité.
  • On a beau dire, la mort est ce que la nature a trouvé de mieux pour contenter tout le monde.
  • On a d'autant plus de prise sur ce monde qu'on s'en éloigne, qu'on n'y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.
  • On doit se méfier des lumières qu'on possède sur soi. La connaissance que nous avons de nous-même, indispose et paralyse notre démon. C'est lá  qu'il faut chercher la raison pour laquelle Socrate n'a rien écrit.
  • On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
  • On ne redoute l'avenir que lorsqu'on n'est pas sîr de pouvoir se tuer au moment voulu.
  • On opte, on tranche aussi longtemps que l'on s'en tient à la surface des choses; dès que l'on va au fond, on ne peut plus ni trancher ni opter, on ne peut que regretter la surface...
  • Orgueil moderne: j'ai perdu l'amitié d'un homme que j'estimais, pour m'être acharné à lui répété que j'étais plus dégénéré que lui...
  • Penser, c'est saper, c'est se saper. Agir entraîne moins de risques, parce que l'action remplit l'intervalle entre les choses et nous, alors que la réflexion l'élargit dangereusement.
    ... Tant que je m'adonne à un exercice physique, à un travail manuel, je suis un homme heureux, comblé; dès que je m'arrête, je suis pris d'un mauvais vertige, et ne songe plus qu'á  déguerpir pour toujours.
  • Plus d'un déséquilibre - peut-être même tout déséquilibre - provient d'une vengeance qu'on a différée trop longtemps. Sachons exploser! N'importe quel malaise est plus sain que celui que suscite une rage thésaurisée.
  • Plus les hommes s'éloignent de Dieu, plus ils avancent dans la connaissance des religions.
  • Plus on vit, moins il semble utile d'avoir vécu.
  • Plus quelqu'un est comblé de dons, moins il avance sur le plan spirituel. Le talent est un obstacle à la vie intérieure.
  • Quand il me faut mener à bien une t&aacirc;che que j'ai assumée par nécessité ou par goît, à peine m'y suis-je attaqué, que tout me semble important, tout me séduit, sauf elle.
  • Quand la coutume de regarder les choses en face tourne à la manie, on pleure le fou qu'on a été et qu'on n'est plus.
  • Quand on revoit quelqu'un après de longues années, il faudrait s'asseoir l'un en face de l'autre et ne rien dire pendant des heures, afin qu'á  la faveur du silence la consternation puisse se savourer elle-même.
  • Quand on se connaît bien, si on ne se méprise pas totalement, c'est parce que l'on est trop las pour se livrer à des sentiments extrêmes.
  • Que tout soit dépourvu de consistance, de fondement, de justification, j'en suis d'ordinaire si assuré, que, celui qui oserait me contredire, fît-il l'homme que j'estime le plus, m'apparaîtrait comme un charlatan ou un abruti.
  • Regarder sans comprendre, c'est le paradis. L'enfer serait donc le lieu où l'on comprend, où l'on comprend trop...
  • S'il entre dans la lucidité tant d'ambiguá¯té et de trouble, c'est qu'elle est le résultat du mauvais usage que nous avons fait de nos veilles.
  • Se tuer parce que l'on est, oui, mais non parce que l'humanité entière vous cracherait à la figure!
  • Seuls les demi-malheurs sont féconds, parce qu'ils peuvent être, parce qu'ils sont un point de départ, alors qu'un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.
  • Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
  • Si la mort n'avait que des cá´tés négatifs, mourir serait un acte impraticable.
  • [...] Tout ce que nous possédons n'est qu'un capital de non-être.
  • Tout ce que nous pouvons avoir de bon vient de notre indolence, de notre incapacité de passer à l'acte, de mettre à exécution nos projets et nos desseins. C'est l'impossibilité ou le refus de nous réaliser qui entretient nos vertus, et c'est la volonté de donner notre maximum qui nous porte aux excès et aux dérèglements.
  • Tout est unique - et insignifiant.
  • Tout malaise individuel se ramène, en dernière instance, à un malaise cosmogonique, chacune de nos sensations expiant ce forfait de la sensation primordiale, par quoi l'être se glissa hors d'on ne sait où...
  • [...] Tout malaise n'est qu'une expérience métaphysique avortée.
  • Toute forme de h&aacirc;te, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.
  • Toute pensée dérive d'une sensation contrariée.
  • Toutes les fois que je ne songe pas à la mort, j'ai l'impression de tricher, de tromper quelqu'un en moi.
  • [...] Un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.
  • « Un ennemi est aussi utile qu'un Bouddha.» C'est bien cela. Car notre ennemi veille sur nous, il nous empêche de nous laisser aller. En signalant, en divulguant la moindre de nos défaillances, il nous conduit en droite ligne à notre salut, il met tout en oeuvre pour que nous ne soyons pas indigne de l'idée qu'il s'est faite de nous. Aussi notre gratitude à son égard devrait être sans borne.
  • Un livre est un suicide différé.
  • Un pauvre type qui sent le temps, qui en est victime, qui en crève, qui n'éprouve rien d'autre, qui est temps à chaque instant, connaît ce qu'un métaphysicien ou un poète ne devine qu'á  la faveur d'un effondrement ou d'un miracle.
  • [...] Un rien de plein [...]
  • Un texte expliqué n'est plus un texte. On vit avec une idée, on ne la désarticule pas; on lutte avec elle, on n'en décrit pas les étapes.
  • Un zoologiste qui, en Afrique, a observé de près les gorilles, s'étonne de l'uniformité de leur vie et de leur grand désoeuvrement. Des heures et des heures sans rien faire... Ils ne connaissent donc pas l'ennui? Cette question est bien d'un homme, d'un singe occupé. Loin de fuir la monotonie, les animaux la recherchent, et ce qu'ils redoutent le plus c'est de la voir cesser. Car elle ne cesse que pour être remplacée par la peur, cause de tout affairement.
    L'inaction est divine. C'est pourtant contre elle que l'homme s'est insurgé. Lui seul, dans la nature, est incapable de supporter la monotonie, lui seul veut à tout prix que quelque chose arrive, n'importe quoi. Par lá , il se montre indigne de son ancêtre: le besoin de nouveauté est le fait d'un gorille fourvoyé.
  • [...] Une démence intéressée...
  • Une seule chose importe: apprendre à être perdant.
  • Vivre, c'est perdre du terrain.
  • La tentation d'exister

  • [...] Áquelques criminels près, tout le monde aspire à avoir une &aacirc;me publique, une &aacirc;me-affiche.
  • [...] Ce« grand triste» [en parlant du Diable] est un rebelle qui doute.
  • [...] Ce climat d'asthme que créent les convictions [...]
  • [...] Ce qui nous vénérons dans nos dieux ce sont nos défaites en beau.
  • Contaminés par la superstition de l'acte, nous croyons que nos idées doivent aboutir.
  • Créer une littérature c'est créer une prose.
  • [...] Devenir métaphysiquement étrangers.
  • [...] Devenir un vaincu décent, un réprouvé convenable.
  • Examinez les esprits qui réussissent à nous intriguer: loin de faire la part des choses, ils défendent des positions insoutenables.
  • Il n'est point aisé de n'être de nulle part, quand aucune condition extérieure ne vous y contraint.
  • [...] J'ai eu le tort de fréquenter bon nombre de poètes. Áquelques exceptions près, ils étaient inutilement graves, infatués ou odieux, des monstres eux aussi, des spécialités, tout ensemble tortionnaires et martyrs de l'adjectif, et dont j'avais surfait le dilettantisme, la clairvoyance, la sensibilité au jeu intellectuel. La futilité ne serait-elle qu'un« idéal»?
  • L'amour ou la haine que nous lui portons [á  Dieu] révèle moins la qualité de nos inquiétudes que la grossièreté de notre cynisme.
  • L'art de se survivre, ils [les occidentaux] s'y distinguent déjá .
  • [...] L'art de vivre [...] consiste dans l'expérience intégrale du présent.
  • L'aspiration á « sauver le monde» est le phénomène morbide de la jeunesse d'un peuple.
  • L'écrivain, c'est sa fonction, dit toujours plus qu'il n'a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d'une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s'agit pourtant d'écrire: écrivons..., dupons-nous les uns les autres.
  • L'esprit est vampire.
  • L'expérience du vide est la tentation mystique de l'incroyant, sa possibilité de prière, son moment de plénitude.
  • L'expression n'étant pas de taille à se mesurer avec les événements, fabriquer des livres et s'en montrer fier, constitue un spectacle des plus pitoyables: quelle nécessité pousse un écrivain qui a écrit cinquante volumes à en écrire encore un autre? pourquoi cette prolifération, cette peur d'être oublié, cette coquetterie de mauvais aloi?
  • L'habitude du raisonnement et de la spéculation est l'indice d'une insuffisance vitale et d'une détérioration de l'affectivité. Pensent avec méthode ceux-lá  seuls qui, à la faveur de leurs déficiences, parviennent à s'oublier, à ne plus faire corps avec leurs idées: la philosophie, apanage d'individus et de peuples biologiquement superficiels.
  • [...] L'histoire, agression de l'homme contre lui même, [...]; se vouer à l'histoire, c'est apprendre à s'insurger, à imiter le Diable.
  • [...] L'orgasme du remords.
  • [...] L'utopie, presbytie des vieux peuples.
  • La barbarie est accessible à quiconque: il suffit d'y prendre goît.
  • La destruction des idoles entraîne celle des préjugés.
  • [...] La haine équivaut à un reproche que l'on n'ose se faire à soi, à une intolérance à l'égard de notre idéal incarné dans autrui.
  • [...] La rage d'un amour-haine.
  • La raison: rouille de notre vitalité.
  • La sphère de la conscience se rétrécissant dans l'action, nul qui agit ne peut prétendre à l'universel, car agir c'est se cramponner aux propriétés de l'être au détriment de l'être, à une forme de réalité au préjudice de la réalité. Le degré de notre affranchissement se mesure à la quantité d'entreprises dont nous nous serons émancipés, comme à notre capacité de convertir tout objet en non-objet.
  • [...] La volupté d'être épave [...]
  • [...] Le génie du regret.
  • Le meurtre suppose et couronne la révolte: celui qui ignore le désir de tuer aura beau professer des opinions subversives, il ne sera jamais qu'un conformiste.
  • Le tact, vice terrien, préjugé des civilisations enracinées, instinct du protocole [...]
  • Les rides d'une nation sont aussi visibles que celles d'un individu.
  • [...] Ménopauses métaphysiques [...]
  • Mes convictions sont des prétextes: de quel droit vous les imposerais-je?
  • N'importe qui se sauve par le sommeil, n'importe qui a du génie en dormant: point de différence entre les rêves d'un boucher et ceux d'un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu'une telle merveille dure, ni que l'inspiration soit mise à la portée de tous: le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense.
  • Nombreux sont ceux qui s'apprêtent à vénérer n'importe quelle idole et à servir n'importe quelle vérité, pourvu que l'une et l'autre leur soient infligées et qu'ils n'aient pas à fournir l'effort de choisir leur honte ou leur désastre.
  • Notre mal? Des siècles d'attention au temps, d'idol&aacirc;trie du devenir.
  • [...] Nous sommes tous des Lucifers de statistique.
  • Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité et d'analyse.
  • On ne détruit pas, on se détruit.
  • On ne peut être normal et vivant à la fois.
  • On périt toujours par le moi qu'on assume: porter un nom c'est revendiquer un mode exact d'effondrement.
  • Personne ne peut sauver la jeunesse de ses chagrins.
  • Plus rien à poursuivre, sinon la poursuite du rien. La Vérité? Une marotte d'adolescents, ou un symptá´me de sénilité.
  • Que l'homme n'aime rien, et il sera invulnérable (Tchouang-Tse). Maxime profonde autant qu'inopérante. L'apogée de l'indifférence, comment y atteindre, quand notre apathie même est tension, conflit, agressivité?
  • Quiconque s'avise d'atténuer notre solitude ou nos déchirements agit à l'encontre de nos intérêts et de notre vocation.
  • [S'] engager dans n'importe quoi sans y adhérer.
  • Se détruit quiconque, répondant à sa vocation et l'accomplissant, s'agite à l'intérieur de l'histoire; celui-lá  seul se sauve qui sacrifie dons et talents pour que, dégagé de sa qualité d'homme, il puisse se prélasser dans l'être.
  • Se savoir d'une engeance qui n'a jamais été est une amertume où il entre quelque douceur et même quelque volupté.
  • Seul s'affranchit l'esprit qui, pur de toute accointance avec êtres ou objets, s'exerce à sa vacuité.
  • Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie.
  • [...] Songerie géologique.
  • [...] Un peuple qui est un tourment pour lui-même est un peuple malade.
  • Virus de la prose, le style poétique la désarticule et la ruine: une prose poétique est une prose malade.
  • Vivre à même l'éternité, c'est vivre au jour le jour.
  • Syllogismes de l'amertume (1952)

    Vitalité de l'amour

  • Après les métaphores, la pharmacie. C'est ainsi que s'effritent les grands sentiments.
    Commencer en poète et finir en gynécologue!
  • Dans la recherche du tourment, dans l'acharnement à la souffrance, il n'est guère que le jaloux pour concurrencer le martyr.
  • Dans la volupté comme dans le panique, nous réintégrons nos origines; le chimpanzé, relégué injustement, atteint enfin la gloire l'espace d'un cri.
  • J'ai toujours pensé que Diogène avait subi, dans sa jeunesse, quelque déconvenue amoureuse: on ne s'engage pas dans la voie du ricanement sans le concours d'une maladie vénérienne ou d'une bonniche intraitable.
  • La dignité de l'amour tient dans l'affection désabusée qui survit à un instant de bave.
  • Nous aimons toujours... quand même; et ce quand même couvre un infini.
  • Tel qui se tue pour une garce fait une expérience plus complète et plus profonde que le héros qui bouleverse le monde.
  • Un amour qui s'en va est une si riche épreuve philosophique que, d'un coiffeur, elle fait un émule de Socrate.
  • Vitalité de l'amour: on ne saurait médire sans injustice d'un sentiment qui a survécu au romantisme et au bidet.
  • Ádéfaut d'avoir sauvé le monde, la gr&aacirc;ce aura au moins sauvé les femmes.
  • Áregarder les choses selon la nature, l'homme a été fait pour vivre tourné uniquement vers l'extérieur. Pour voir en lui-même, il lui faut fermer les yeux, renoncer à l'action, sortir du courant... Ce qu'on appelle« vie intérieure» est un phénomène tardif qui n'a été possible que par un ralentissement systématique de nos fonctions vitales, de sorte que l'« &aacirc;me» n'a pu surgir qu'aux dépens de nos organes.
  • Ainsi, une fois prisonniers de l'amour, des esprits enclins à l'objectivité et à l'impersonnalisation, étrangers à eux-mêmes comme aux réalités profondes, éprouvent un sentiment qui mobilise toutes leurs ressources personnelles.
  • Au beau milieu d'études sérieuse, je découvris que j'allais mourir un jour...; ma modestie en fut ébranlée. Convaincu qu'il ne me restait plus rien à apprendre, j'abandonnai mes études pour mettre le monde au courant d'une si remarquable découverte.
  • Au contact des Français, on apprend à être malheureux gentiment.
  • Au fond de soi, chacun se sent et se croit immortel, même s'il sait qu'il va expier dans un instant. On peut tout comprendre, tout admettre, tout réaliser, sauf sa mort, alors même qu'on y pense sans rel&aacirc;che et qu'on y est résigné.
  • Avoir dédié à l'idée de la mort toutes les heures qu'un métier auraient réclamées... Les débordements métaphysiques sont le propre des moines, des débauchés et des clochards. Un emploi eît fait de Bouddha même un simple mécontent.
  • Ce qu'il nous faut de concentration, d'industrie, de tact, pour détruire notre raison d'être!
  • Ceux qui vivent sans souci de l'essentiel sont sauvés dès le départ; mais qu'ont-ils à sauver, eux qui ne connaissent pas le moindre danger?
  • Chacun croit, d'une façon inconsciente s'entend, qu'il poursuit seul la vérité, que les autres sont incapables de la rechercher et indignes de l'atteindre.
  • D'où vous viennent vos airs avantageux?
    J'ai réussi à survivre, voyez vous, à tant de nuits où je me demandais: vais-je me tuer à l'aube?
  • Dans les épreuves cruciales, la cigarette nous est d'une plus grande aide que les Evangiles.
  • Dans les sensations de douleur très fortes, beaucoup plus que dans les faibles, on s'observe, on se dédouble, on demeure extérieur à soi, quand bien même on gémit ou on hurle. Tout ce qui confine au supplice réveille en chacun le psychologue, le curieux, ainsi que l'expérimentateur: on veut voir jusqu'où on peut aller dans l'intolérable.
  • Dans les tourments de l'intellect, il y a une tenue que l'on chercherait vainement dans ceux du coeur.
    Le scepticisme est l'élégance de l'anxiété.
  • Dans un livre gnostique du deuxième siècle de notre ère, il est dit:
    La prière de l'homme triste n'a jamais la force de monter jusqu'á  Dieu.
    ... Comme on ne prie que dans l'abattement, on en déduit qu'aucune prière n'est jamais parvenue à destination.
  • Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter.
  • En face d'un« dépressif», on sent bien que seuls seraient efficaces les coups de pied, les gifles, un bon passage à tabac. Et c'est d'ailleurs ce que fait ce dépressif lui-même quand il décide d'en finir: il emploie les grands moyens.
  • En paix avec lui-même et avec le monde, l'esprit s'étiole. Il s'épanouit à la moindre contrariété. La pensée n'est en somme que l'exploitation éhontée de nos gênes et de nos disgr&aacirc;ces.
  • En parlant de la mort on a sauve quelque chose de soi-même.
  • En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre ses ricanements.
  • Essayez d'être libres: vous mourrez de faim.
  • Évolution: Prométhée, de nos jours, serait un député de l'opposition.
  • Extraordinaire douceur à la pensée, qu'étant homme, on est né sous une mauvaise étoile, et que tout ce que l'on a entreprit et tout ce qu'on va entreprendre sera choyé par la malchance.
  • Il est aisé d'être profond»: on a qu'á  se laisser submerger par ses propres tares.
  • Il est des nuits que le plus ingénieux des tortionnaire n'aurait pu inventer. On en sort en miettes, stupide, égaré, sans souvenirs ni pressentiments, et sans même savoir qui on est.
  • Il est des performances qu'on ne pardonne qu'á  soit: si on se représentait les autres au plus fort d'un certain grognement, il serait impossible de leur tendre encore la main.
  • Il faut savoir souffrir jusqu'au bout, jusqu'au moment où on cesse de croire à sa souffrance.
  • Il n'est pas d'état mélancolique sans cette ascension, sans une expansion vers les cimes, sans une élévation au dessus du monde.
  • Il n'est pas élégant d'abuser de la malchance; certains individus, comme certains peuples, s'y complaisent tant qu'ils déshonorent la tragédie.
  • Il n'y a pas de cafard qui résiste au travail manuel, au bricolage.
  • J'aime la pensée qui garde une saveur de sang et de chair.
  • Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure...
  • Je n'ai pas d'idées - mais des obsessions.
  • Je ne suis moi-même qu'au dessus ou en dessous de moi, dans la rage ou dans l'abattement: à mon niveau habituel, j'ignore que j'existe.
  • Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera: sans l'idée du suicide, je me serais tué depuis toujours.
  • Je pense quand à moi que la forme essentielle de la charité est l'amour entre l'homme et la femme qui, loin de se réduire à la sexualité pure, implique tout un ensemble d'états affectifs dont la richesse se laisse aisément saisir.
    Qui s'est jamais suicidé pour Dieu, pour la nature ou pour l'art?
  • « Je suis comme une marionnette cassée dont les yeux seraient tombés à l'intérieur.» Ce propos d'un malade mental pèse plus lourd que toutes les oeuvres d'introspection.
  • Je suis un fauve au sourire grotesque, qui se dilate et se contracte a l'infini.
  • Je veux mourir mais je regrette de le vouloir.
  • L'action remplit l'intervalle entre les choses et nous, alors que la réflexion l'élargit dangereusement.
  • L'amour-propre est chose aisée; ce qui est plus difficile, et ce à quoi l'homme seul excelle, c'est la haine de soi.
  • L'anxiété n'est provoquée par rien, elle cherche à se donner une justification, et, pour y parvenir, se sert de n'importe quoi, des prétextes les plus misérables, auxquels elle s'accroche, après les avoir inventés.
  • L'envie de prier n'a rien à voir avec la foi. Elle émane d'un accablement spécial, et durera autant que lui, quand bien même les dieux et leurs souvenirs disparaîtraient à jamais.
  • L'expérience de la naá¯veté est la seule planche de salut.
  • L'homme accepte la mort mais non l'heure de sa mort. Mourir n'importe quand, sauf quand il faut que l'on meure!
  • L'homme sécrète du désastre.
  • L'irrationnel joue un rá´le capital dans la naissance de l'amour, de même que dans la sensation de l'amour, l'impression de se fondre, de se dissoudre.
  • La connaissance n'est pas possible, et, même si elle l'était, elle ne résoudrait rien. Telle est la position du douteur. Que veut-il, que cherche-t-il donc? Ni lui ni personne ne le saura jamais.
    Le scepticisme est l'ivresse de l'impasse.
  • La connaissance de soi, la plus amère de toute, est aussi celle que l'on cultive le moins: à quoi bon se surprendre du matin au soir en flagrant délit d'illusion, remonter sans pitié à la racine de chaque acte, et perdre cause après cause devant son propre tribunal?
  • La création est une préservation temporaire des griffes de la mort.
  • La façon la plus efficace de se soustraire à un abattement motivé ou gratuit, est de prendre un dictionnaire d'une langue que l'on connaît à peine, et d'y chercher des mots et des mots, en faisant bien attention qu'ils soient de ceux dont on ne se servira jamais...
  • La force dissolvante de la conversation. On comprend pourquoi et la méditation et l'action exigent le silence.
  • La force explosive de la moindre mortification. Tout désir vaincu rend puissant. On a d'autant plus de prise sur ce monde qu'on s'en éloigne, qu'on y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.
  • La lucidité sans le correctif de l'ambition conduit au marasme. Il faut que l'une s'appuie sur l'autre, que l'une combatte l'autre sans la vaincre, pour qu'une oeuvre, pour qu'une vie soit possible.
  • La pitié de soi est moins stérile qu'on ne croit. Dès que quelqu'un en ressent le moindre accès, il prend une pose de penseur, et, merveille des merveilles, il arrive à penser.
  • La souffrance est un état de solitude intérieure que rien d'extérieur ne peut soulager.
  • [...] La tentation d'une réalité inaccessible ne sont que simples manifestations d'une sensibilité exubérante.
  • La tristesse: un appétit qu'aucun malheur ne rassasie.
  • Le dernier recours de ceux que le sort a frappés est l'idée du sort.
  • Le malheur d'être incapable d'états neutres autrement que par la réflexion et l'effort. Ce qu'un idiot obtient d'emblée, il faut qu'on se démène nuit et jour pour y atteindre, et seulement par á -coups!
  • Le néant ne constituerait il pas, dans ce cas, le salut?
  • Le pessimiste doit s'inventer chaque jour des raisons d'exister: c'est une victime du sens de la vie.
  • Le préjugé de l'honneur est le fait d'une civilisation rudimentaire. Il disparaît avec l'avènement de la lucidité, avec le règne des l&aacirc;ches, de ceux qui, ayant tout compris , n'ont plus rien à défendre.
  • Le problème de la mort lui même devrait me paraître ridicule.
  • Les inconsolations de toutes sorte passent, mais le fond dont elles procèdent subsiste toujours, et rien n'as de prise sur lui. Il est inattaquable et inaltérable. Il est notre fatum.
  • Les opportunistes ont sauvé les peuples; les héros les ont ruinés.
  • Méfiez vous de ceux qui tournent le dos à l'amour, à l'ambition, à la société. Ils se vengeront d'y avoir renoncé.
  • Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-il de mourir?
  • Nos dégoîts? Détours du dégoît de nous-mêmes.
  • Nous sommes tous des farceurs: nous survivons à nos problèmes.
  • Nul ne perd ses illusions si il n'a désiré la vie avec ardeur.
  • On accable le sceptique, on parle de l'automatisme du doute , tandis qu'á  propos d'un croyant on ne dit jamais qu'il est tombé dans l'automatisme de la foi. Cependant la foi comporte un caractère autrement machinal que le doute, lequel a l'excuse de passer de surprise en surprise, - à l'intérieur du désarroi, il est vrai.
  • On cesse d'être jeune au moment où l'on ne choisit plus ses ennemis, où l'on se contente de ceux qu'on a sous la main.
  • On s'accommoderait aisément des chagrins si la raison ou le foie n'y succombait.
  • Personne ne clame qu'il se porte bien et qu'il est libre, et c'est pourtant ce que devraient faire tous ceux qui connaissent cette double bénédiction. Rien ne nous dénonce davantage que notre incapacité à hurler nos chances.
  • Plus un esprit est revenu de tout, plus il risque, si l'amour le frappe, de réagir en midinette.
  • Pour être heureux, il faudrait constamment avoir à l'esprit l'image des malheurs auxquels on a échappé. Ce serait lá  pour la mémoire une façon de se racheter, vu que, ne conservant d'ordinaire que les malheurs survenus, elle s'emploie à saboter le bonheur et qu'elle y réussit à merveille.
  • Pour l'anxieux il n'existe pas de différence entre succès et fiasco. Sa réaction à l'égard de l'un et de l'autre est la même. Les deux le dérangent également.
  • Pour un jeune ambitieux, il n'est plus grand malheur que de frayer avec des connaisseurs d'hommes. J'en ai fréquenté trois ou quatre: ils m'ont achevé à vingt ans.
  • Pour vaincre l'affolement ou une inquiétude tenace, il n'est rien de tel que de se figurer son propre enterrement. Méthode efficace, à la portée de tous.
  • Pourquoi je ne me suicide pas? Parce que la mort me dégoîte autant que la vie.
  • Pourquoi nous retirer et abandonner la partie, quand il nous reste tant d'êtres à décevoir?
  • Quand on sait de façon absolue que tout est irréel, on ne voit pas pourquoi on se fatiguerait à le prouver.
  • Que nous le voulions ou non, nous sommes tous des psychanalystes, amateurs des mystères du coeur et du caleçon, scaphandrier des horreurs. Malheur à l'esprit aux gouffres clairs!
  • Que sont toutes les mélodies en comparaison de celle qu'étouffe en nous la double impossibilité de vivre et de mourir!
  • Qui n'a recueilli les confidences d'un pauvre bougre auprès duquel Tristan ferait figure de proxénète?
  • Réfutation du suicide: n'est-il pas inélégant d'abandonner un monde qui s'est mis si volontairement au service de notre tristesse?
  • Rien ne saurait justifier le fait de vivre.
  • Se prétendre plus détaché, plus étranger à tout que n'importe qui, et n'être qu'un forcené de l'indifférence!
  • Si Napoléon avait occupé l'Allemagne avec des Marseillais, la face du Monde eît été tout autre.
  • Si Noé avait eu le don de lire dans l'avenir, nul doute qu'il se fît sabordé.
  • Si nous n'avions la faculté d'exagérer nos maux, il nous serait impossible de les endurer. En leur attribuant des proportions inusitées, nous nous considérons comme des réprouvés de choix, des élus à rebours, flattés et stimulés par la disgr&aacirc;ce.
    Pour notre plus grand bien, il existe en chacun de nous un fanfaron de l'Incurable.
  • Si tu es voué à te ronger, rien ne pourra t'en empêcher: une vétille t'y poussera à l'égal d'un grand chagrin. Résigne toi à te morfondre en toute occasion: ainsi le veut ton lot.
  • Sur le même sujet, sur le même événement, il se peut que je change d'opinion dix, vingt, trente fois dans l'espace d'une journée. Et dire qu'á  chaque coup, comme le dernier des imposteurs, j'ose prononcer le mot de vérité!
  • Tant qu'on vit en deçá  du terrible, on trouve des mots pour l'exprimer; dès qu'on le connaît du dedans, on n'en trouve plus aucun.
  • Tant que l'ennui se borne aux affaires du coeur, tout est encore possible; qu'il se répande dans la sphère du jugement, c'en est fait de nous.
  • Tant que l'on croyait au Diable, tout ce qui arrivait était intelligible et clair; depuis que l'on y croit plus, il faut, à propos de chaque événement, chercher une explication nouvelle, aussi laborieuse qu'arbitraire, qui intrigue tout le monde et ne satisfait personne.
  • Toute croyance rend insolent; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d'incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions...
  • Toute expérience profonde se formule en terme de physiologie.
  • Traduire une obsession, c'est la projeter hors de soi, c'est la chasser, c'est l'exorciser. Les obsessions sont les démons d'un monde sans foi.
  • Un éclat de rire sinistre accompagne alors chacun de vos gestes.
  • Un moine et un boucher se bagarrent à l'intérieur de chaque désir.
  • Une larme a toujours des sources plus profondes qu'un sourire.
  • Une seule expérience absolue, à propos de n'importe quoi, et vous faites, à vos propres yeux, figure de survivant.
  • Vivons donc puisque le monde est dépourvu de sens!
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  • Aleister Crowley

    Edward Alexander (Aleister) Crowley (*12 de octubre de 1875 Leamington - *1 de diciembre de 1947 en Hastings)

    Aleister Crowley
    Aleister Crowley

    Era hijo de un millonario cervecero galés. Pronto quedó huérfano y heredó una gran fortuna. Fue criado por dos tías solteras que pertenecían al mismo grupo religioso que sus padres, los Hermanos de Plymouth, una denominación evangélica, conservadora y muy puritana.

    Estudió en Cambridge, donde por primera vez empezó a sentirse libre lejos de su familia. De esa época datan sus primeros ensayos, novelas y poesías eróticas.

    Llegó a ser un célebre ocultista, conocido en los medios esotéricos como Baphomet, uno de los nombres mágicos que adoptó. Dos de sus obras más renombradas son: Magick in Theory and Practice (Magick en teoría y práctica) y el Liber AL vel Legis (‘El Libro de la Ley’).

    Ingresó en la Isis-Urania Temple of the Hermetic Order of the Golden Dawn (‘Orden Hermética de la Aurora Dorada’) de carácter rosacruz donde escaló rápidamente los grados iniciáticos inferiores y se enfrentó con otros miembros de la misma, como William Butler Yeats y S.L. McGregor Mathers . Abandonó dicha Orden y creó la organización ocultista Astrum Argentum, A:.A:., llegando también a ser cabeza visible de la OTO (Ordo Templi Orientis), también fue miembro honorífico de otras sociedades secretas y logias masónicas.

    Se retiró a Escocia, cerca de la localidad de Foyers donde compró una casa a orillas del famoso Lago ness a la que llamó Palacio de Boleskine. Allí, de acuerdo a la antigua costumbre escocesa de llamar "Laird" a un terrateniente, se hizo llamar Laird de Boleskine y Abertarff.

    Crowley llamó Iluminismo Científico al sistema que desarrolló para la A:. A:. Para divulgar las enseñanzas del mismo publicó, con la ayuda de varios colaboradores, la serie de revistas llamadas "El Equinoccio" (THE EQUINOX). El lema del Iluminismo Científico es "El método de la Ciencia, el objetivo de la Religión". En este lema, conforme aclara el mismo Aleister Crowley, "(si se interpreta correctamente) está expresado todo".

    Como dato curioso, añadir que fue Crowley quien sugirió a Churchill el signo de la victoria (los dedos índice y corazón en forma de V), que éste último usaba tan a menudo, diciéndole que era un signo de poder que les haría ganar la segunda guerra mundial y publicó un pequeño panfleto que contiene poemas relacionados con el tema, titulado Thumbs Up!: A Pentagram - a pantacle to win the war para que también lo llevasen a la práctica las tropas.

    Tabla de contenidos

    [editar] ¿Mago Negro?

    A pesar de las persistentes afirmaciones de todo tipo de personas de que Aleister Crowley era un mago negro, esto es altamente discutible. Lo cierto es que el hombre que se hizo llamar de decenas de formas y eligió varios motes mágicos tuvo poco de mago negro. En algunas ocasiones hasta se llega a decir que Aleister Crowley, también llamado el Maestro Therion, la Gran Bestia 666, etc., practicaba misas negras. He aquí la respuesta que el mismo Therion daba en el diario inglés "London Sunday Dispatch" a semejantes acusaciones, en el año 1933:

    "Para practicar magia negra tienes que violar todo principio de la ciencia, decencia, e inteligencia. Debes estar obsesionado con una idea demente de la importancia del mezquino objeto de tus detestables y egoístas deseos. Se me ha acusado de ser "mago negro". No se ha hecho jamás afirmación más tonta sobre mí" ....

    ...."La "Misa Negra" es un asunto totalmente diferente. Yo no podría celebrarla aunque quisiera, porque no soy un sacerdote consagrado de la Iglesia Cristiana. El celebrante debe ser un sacerdote, porque toda la idea de la práctica es profanar el Sacramento de la Eucaristía. Por consiguiente, debes creer en la verdad del culto y la eficacia de su ritual".

    A pesar de todo, el escándalo siempre acompañó a Crowley durante toda su vida, siendo blanco de la prensa sensacionalista inglesa. Un juez inglés lo declaró "el hombre más perverso del mundo".

    [editar] Otras facetas de Crowley

    Crowley no era sólo un iniciado en temas esotéricos, también era novelista, poeta y ensayista, y tiene más de 80 libros escritos la mayoría referentes a la magia, cábala, esoterismo, yoga y, en concreto, gran parte de ellos sobre su sistema MagicK, con K final en inglés (Magick, término tomado del inglés antiguo, ademas toma la letra K para diferenciarlo de la magia ilusionista ordinaria, la K se relaciona con el arcano 11 del tarot "la fuerza", que alude a la magia sexual y asimismo al sephirah Daath: conocimiento de la vida, la muerte y las fuerzas desequilibradas del arbol de la vida qabalistico: los qlipoth), y a la filosofía o "religión" que el fundó (Thelema) gracias a las revelaciones del Libro de la Ley.

    Semejante cantidad de títulos solo es posible porque empezó a publicar con 23 años y no dejó de escribir hasta prácticamente el día de su muerte, a los 72 años de edad.

    También fue traductor de obras clásicas y contemporáneas escritas en francés, de magia, poesía y esoterismo.

    Además fue un montañero muy activo que practicaba el alpinismo y el himalayismo, y perteneció a la primera expedición europea y del mundo que intentó conquistar la cumbre del Kangchenjunga, permaneciendo varios días a gran altitud sin asistencia respiratoria ya que aún no existían las botellas de oxígeno.

    También era un excelente ajedrecista y practicaba la Caza Mayor como deporte.

    Fue un viajero incansable, que residió en Londres, Foyers, París, Nueva York, El Cairo y Cefalú y recorrió China, India, Ceilán, Birmania, Marruecos, Argelia, Túnez, Egipto, España, Francia, Italia, Suiza, México, Canadá, etc.

    [editar] El Libro de la Ley

    Crowley decía haber recibido en estado de mediumnidad su obra El Libro de la Ley, o bien, Liber AL vel Legis sub figura CCXX, de una entidad preterhumana llamada Aiwaz, o Aiwass. Este hecho fue el punto culminante de la vida de Aleister, quien decía que había vivido para recibir este don.

    Crowley estaba en El Cairo con su esposa Rose Kelley y en los días 8, 9 y 10 de Abril de 1904, entre las 12:00 p.m. y la 01:00 p.m., recibió un capítulo por cada día, constando El Libro de la Ley de exactamente 3 capítulos en total.

    Este libro proclama la ley de Thelema ("Voluntad" en griego) para el Nuevo Eón de Horus que comenzó en 1904, con la recepción del texto, y reemplazó al Eón de Osiris. En los textos de los thelemitas se cuenta como primer año el 1904, en vez del año de la Era Común, y se les añade las posiciones diarias del Sol y la Luna. Dos de las frases más conocidas de este libro son: "Haz lo que tú quieras será el todo de la Ley", y "Amor es la ley, amor bajo voluntad".

    Más tarde fundaría la Abadía de Thelema en la población de Cefalú en Sicilia. Una casa de campo remodelada y decorada por él mismo con frescos en las paredes, siguiendo la idea de Gauguin, a quien admiraba. En ella permaneció un tiempo junto a varios de sus seguidores, hasta que fueron expulsados de Italia por el gobierno de Mussolini debido sobre todo a la muerte de uno de sus discípulos, Raoul Loveday, que se intoxicó al beber agua contaminada, y al revuelo generado por Betty May, esposa de éste último.

    La cultura thelémica fue un adelanto increíble para el tiempo de Crowley. Fue algo similar a lo que más tarde sería el movimiento hippie, con su mezcla de libertad sexual, experimentación con todo tipo de drogas, meditación, mezcla de cultos orientales y occidentales, etc. Algunas de las razones por las que se lo consideraba a Crowley un hombre perverso eran su bisexualidad y la experimentación con drogas. Tengamos en cuenta que el principio del movimiento (muy minoritario) se produjo en la Gran Bretaña más puritana y retrógrada, durante la época de la Reina Victoria del Reino Unido.

    Entre los que lo estudiaron a lo largo de su vida, y lo estudian también tras su muerte, hay varias sociedades que siguen sus enseñanzas. Podemos encontrar a gente como el pintor Austin Osman Spare que luego crearía, a su vez, el movimiento Zos Kia Cultus; el director de cine y escritor Hollywoodiense Kenneth Anger; así como Jimmy Page y John Bonham respectivamente guitarrista y baterista de Led Zeppelin.

    Su vida y obra también influyeron a personajes como Anton Szandor LaVey y un sinfín de ocultistas, satanistas, etc.

    [editar] El final

    Crowley después de una vida aventurera y activa, acabó muriendo en una casa de huéspedes de Hastings, adicto a la heroína y aquejado de asma, enfermedad que le acompañó durante gran parte de su vida, y que, en los últimos años, se intensificó, dificultando cualquier tarea o actividad. Fue incinerado en una ceremonia a la que acudieron algunos de sus discípulos y amigos en la que leyeron parte de los Textos Sagrados de Thelema, entre ellos, pasajes del Liber Legis, y también de su Himno a Pan. La enfermera que acompañaba a Crowley en el momento de su muerte dijo que sus últimas palabras fueron "A veces me odio a mí mismo".

    [editar] Crowley de la era pop hasta nuestros días

    En los años 60 y 70, algunos músicos de rock inquietos se sintieron atraídos por la figura de este extraño mago. A sugerencia de John Lennon, su rostro es uno de los que figuran en la portada del Sgt. Pepper's Lonely Heart Club Band, de los Beatles. En 1970, Jimmy Page, guitarrista de Led Zeppelin, adquirió Boleskine House, una casa a orillas del lago Ness en la que había vivido el mago. Algunos años más tarde, el grupo Joy Division tomó prestado del Libro de Thoth de Crowley el primer verso de su canción "Transmission" (1978).

    Ya en la década de los 80, el exlíder de Black Sabbath, Ozzy Osbourne, escribió una canción con el elocuente título de "Mr. Crowley". Una curiosa leyenda urbana pretende que Crowley en persona (que llevaba algunas décadas muerto) regaló a los miembros de Black Sabbath unas cruces de plata que les protegerían de maldiciones (en realidad, las cruces fueron un regalo del padre de Ozzy). La leyenda atribuye los fracasos del grupo y los problemas de salud de algunos de sus miembros a un uso descuidado del amuleto.

    El grupo español Siniestro Total incluyo la frase de Haz lo que quieras, será toda la ley en la cancion Mi nombre es legion, uno de los temas de la banda sonora de El dia de la bestia.

    El polémico cineasta Kenneth Anger tiene varios cortometrajes inspirados en la iconografía y los textos de crowley.

    En la actualidad, el cineasta Carlos Atanes tiene en marcha desde el año 2003 el proyecto de un largometraje sobre la estancia de Crowley en la Abadía de Thelema, cuyo título es "Perdurabo" («Perduraré», en latín), uno de los muchos sobrenombres o pseudónimos mágicos de Crowley.

    John Frusciante, guitarrista de los Red Hot Chili Peppers y solista, escribió “Emptiness”, “I’m Around” y “666” (incluídas en su álbum "Inside of Emptiness") mientras estaba leyendo la biografía de Aleister Crowley. Son el resultado del pensamiento del propio John Frusciante sobre Aleister Crowley y su vida.

    [editar] Enlaces externos

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    [editar] Bibliografía completa en español

    [editar] Ensayo

    • El continente perdido y otros ensayos. Valdemar, Madrid, 2001. 396 Págs. ISBN-84-7702-349-2

    [editar] Ficción

    • El Testamento de Magdalen Blair y otras historias, Ed. Siruela S.A., 1992. 116 Págs. ISBN-84-7844-111-5
    • La estratagema, en El Club del Haschisch. La droga en la literatura. Taurus, Madrid, 1976.
    • La hija de la luna. Intrigas Mágicas del Bien y del Mal. Humanitas, barcelona, 1999. 276 Págs. ISBN-84-7910-304-3

    [editar] Poesía

    • Rodin en verso. Ediciones Iguitur (montblanc) Iguitur poesía 1999. ISBN-84-95142-02-3

      • B. Vol. II: Descrito en los términos de "un volumen de silencio".
      • C. Vol. III:


    [editar] Traducciones

    [editar] Miscelanea

    22 junio, 2006

    Infierno (articulo de wikipedia.es)



    El infierno es, de acuerdo con el cristianismo y el Islam, más que un lugar de tormento para los condenados (como llegó a desfigurarse en siglos pasados), el estado definitivo después de la muerte al que llegan aquellas personas que a lo largo de su vida decidieron por sí mismas excluirse de la comunión con Dios, con sus semejantes y con la naturaleza. La palabra infierno proviene del latín y significa «inferior».

    Por su parte, las religiones antiguas creían en la vida de ultratumba, pero no necesariamente en el infierno.

    Las imágenes que asocian al infierno como lugar de tormento aparecen claramente descritas en el Nuevo Testamento, sobre todo como lugar de fuego inextinguible, de llanto, rechinar de dientes, de tinieblas exteriores, de cárcel, de gusano que no muere, de muerte, segunda muerte y condenación. Es necesario destacar que los escritores neotestamentarios tomaron todas estas analogías de las experiencias de la vida humana, pero posiblemente lo que intentan mostrar es lo irreversible de la condena y la desesperanza del condenado.

    Para el cristianismo, quienes practican el mal sin arrepentirse sufrirán eternamente en el infierno tras su muerte o pagarán por sus pecados en el infierno antes del Juicio Final en el que deberá comparecer toda la humanidad presente y pasada. Sin embargo, hay muchos que creen que los fuegos del infierno destruyen los perdidos y que ellos cesarán de existir. Los Adventistas del Séptimo Día creen así, pero esta creencia crece entre miembros de otras iglesias.

     El infierno: ilustración 34ª. de Doré para La divina comedia
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    El infierno: ilustración 34ª. de Doré para La divina comedia

    En religiones monoteístas, el infierno es simplemente gobernado por demonios. En las religiones politeístas, las políticas del infierno pueden resultar tan complicadas como las políticas humanas.

    El judaísmo, al menos inicialmente, creía en sheol, una existencia sombría a la cual todos eran enviados indiscriminadamente tras la muerte. El sheol pudo haber sido poco más que una metáfora poética de la muerte y no referirse a la vida después de la muerte. De cualquier manera, la vida después de la muerte era mucho menos importante en el judaísmo que en las iglesias cristianas.


    Investigadores y ensayistas coinciden en señalar, especialmente desde el siglo XVIII, que la idea del mundo subterráneo como lugar de castigo no existía tan claramente marcada en las religiones antiguas o directamente era ignorada. En su Diccionario filosófico, Voltaire anota que egipcios y griegos enterraban a sus muertos y creían simplemente que sus almas quedaban con ellos en un lugar sombrío. «Los indios, mucho más antiguos, que habían inventado el ingenioso dogma de la metempsicosis (reencarnación), jamás creyeron que las almas estuvieran en el subterráneo», señala Voltaire. Y agrega: «Los japoneses, los corenos, los chinos, los pueblos de la vasta Tartaria oriental y occidental, ignoraron la filosofía del subterráneo».

    La descripción de Voltaire no es exacta en lo que se refiere a las religiones orientales. El hinduismo y el budismo creen en el infierno, aunque sólo como escenario transitorio en el ciclo de reencarnaciones. El hinduismo cree en 21 infiernos en los que pueden reencarnar los que han cometido faltas mortales. El Bhagavad Gita, incluido en el poema épico sánscrito Mahabharata, dice: «El infierno tiene tres puertas: la lujuria, la cólera y la avaricia». Y en él caen «los hombres de naturaleza demoníaca» hasta ser aniquilados. El budismo reelaboró la doctrina hinduista y su ortodoxia prevé esferas infernales en las que pueden reencarnar los mortales agobiados por profundos karmas (deudas vitales, camino incorrecto): la esfera de los espíritus torturados por el hambre y la de los demonios en lucha.

    Los griegos creyeron que las almas de los muertos permanecían en el Hades, al que se llegaba después de atravesar el río Estigia. Allí no sufrían otro tormento que el de su exilio y separación de sus seres queridos. Algunos podían mostrarse arrepentidos de sus faltas, como lo imagina Homero, que en La Odisea hace descender a su héroe al Hades. Odiseo habla allí con sus camaradas muertos en la guerra de Troya y con su propia madre.

    El Hades de los griegos está regido por el dios del mismo nombre, hijo del titán Crono. Aunque puede ser cruel, Hades no es maligno. Los romanos le adoptaron como "Plutón", y además de otorgarle el reino de los muertos, le dieron la custodia de los metales preciosos bajo la tierra. Los griegos poblaron el Hades de otros seres mitológicos, como las Furias y las Moiras. Las primeras habitaban bajo la tierra pero solían atormentar a los malos en vida. Eran mujeres con cabellera de serpientes, llamadas también Erinias. En cuanto a las Moiras (llamadas en Roma Parcas), su tarea era hilar el hilo de la vida de cada mortal y cortarlo en el momento justo. Hades estaba acompañado también por Cerbero, perro de tres cabezas, y por Caronte, el barquero que conducía las almas hacia el mundo subterráneo.

    En la antigua mitología nórdica, existía un mundo tenebroso para las almas de aquellos a los que no se les concedía entrar al Valhala. Sólo los mejores guerreros eran llevados a esa casa techada con escudos de oro. Los que no iban allí, eran entregados a Hel, diosa del mundo subterráneo. Voluspá, una de las eddas (poemas mitológicos de los antiguos escandinavos) menciona que en el reino de Hel el lobo destroza los cadáveres de los asesinos, los perjuros y los que sedujeron mujeres de otros. Es la única alusión a tormentos en esa compleja mitología.

    El Islam prevé el Juicio Final para todos los creyentes, como el cristianismo, y las referencias al fuego del infierno abundan en el Corán. Durante la vida, los ángeles escribanos anotan las acciones de los hombres, y éstos serán juzgados de acuerdo con esos libros. El puente Sirat, delgado como un cabello, debe ser atravesado por los que se dirijan al Paraíso, y aquel que caiga irá a parar a las llamas del infierno. En cuanto a la estructura del infierno islámico, el libro más descriptivo es Las mil y una noches. En la Noche 493, este libro habla de un edificio de siete pisos, separados uno de otro por «una distancia de mil años». El primero es el único que se describe. Está destinado a los que murieron sin arrepentirse de sus pecados y en él hay montañas de fuego, con ciudades de fuego, las que a su vez contienen castillos de fuego, los cuales tienen casas de fuego, y éstas tienen lechos de fuego en los que se practican las torturas, todo en número de setenta mil. Del resto de los pisos del infierno, nadie, salvo ¨Alá, conoce sus tormentos.

    El infierno de los cristianos es descrito con detalles fantasiosos también en una obra literaria, que reúne tanto las muy escasas indicaciones bíblicas como las elaboradas por la teología medieval así como las de la imaginación popular. En La divina comedia, de Dante Alighieri, el infierno tiene nueve círculos, y en cada uno de ellos los condenados son sometidos a distintas penas, según la gravedad de los pecados. El infierno de Dante conduce al centro de la Tierra, y allí está el demonio, cuyo cuerpo descomunal atraviesa el planeta de un hemisferio al otro. En el poema, Dante, y su guía, Virgilio, salen del infierno trepando por la pelambre del demonio.

    La teología cristiana ha discutido la noción de infierno a lo largo de su historia. En un tiempo no hubo duda de que se trataba del lugar en el que se castiga eternamente a los pecadores. En el que los tormentos no podían ser conmutados, aunque, como señala la Enciclopedia Católica, de principios del siglo XX y una de las obras más vastas del catolicismo (enciclopediacatolica.com), «el dogma católico no rechaza el suponer que Dios pueda, a veces, por vía de excepción, liberar un alma del infierno». Sin embargo, «los teólogos son unánimes en enseñar que tales excepciones nunca ocurrieron y nunca ocurrirán». La postura de la Enciclopedia Católica ilustra muy bien aquella concepción hoy en desuso, pues decía que la idea de fuego del infierno debería ser tomada en sentido literal, ya que «no hay suficientes razones para considerar el término [fuego] como una mera metáfora».

    Pero esta forma tan espacio-temporal de entender el infierno no es la que puede hoy sostenerse. El 28 de julio de 1999 en la catequesis que impartió ante 8.000 fieles en el Vaticano, el Papa Juan Pablo II dijo: «Las imágenes con las que la Sagrada Escritura nos presenta el infierno deben ser rectamente interpretadas. Ellas indican la completa frustración y vaciedad de una vida sin Dios. El infierno indica más que un lugar, la situación en la que llega a encontrarse quien libremente y definitivamente se aleja de Dios, fuente de vida y de alegría». Para los fieles poco instruidos y los teólogos ultraconservadores, estas palabras del Papa provocaron polémica. Está claro que no se niega la existencia del infierno, pero se le da un sentido espiritual, antes que concreto y material.

    Véase también

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    14 junio, 2006

    William Blake / Dead Man by Wakan

    Blake, el poeta, era un visionario, un místico y un reivindicador de lo instintivo como fuente espiritual, como nuestro lado más puro. Esas ideas tan radicales sobre el sexo le hacen único y discordante, no sólo en su época sino también en la actual, dado que a pesar de que ahora se acepte o se aliente lo sexual no va acompañado de ese aspecto espiritual y profundo con el que lo veía Blake. Su visión es justo la opuesta a la religión cristiana (y otras...): el sexo, lo instintivo en general es el bien y su represión y satanización es el mal. Sus versos son simbólicos, potentes, llenos de imágenes y de ideas sorprendentes, con sugerencia alargada y aire legendario. Cuando las leyendas son la esencia de la historia, su punto más auténtico. Por ejemplo estas líneas de “el matrimonio del cielo y el infierno”: “Sin contrarios no hay progreso. Atracción y repulsión, Razón y Energía, Amor y Odio son necesarios a la existencia humana... 1 El hombre no tiene un cuerpo distinto de su alma; el así llamado cuerpo es una porción del alma que los cinco sentidos, principales antenas del alma, perciben./ 2 Sólo la energía es Vida y procede del cuerpo; la razón no es más que el confín o circunferencia exterior a la energía./ 3 La energía es la delicia eterna... El elemento represivo o razón usurpa el lugar del deseo y se constituye en guía de quien no acierta a querer... La historia de esto se halla escrita en el paraíso perdido, donde el Tirano, o sea la Razón, se llama Mesías”. Y de “Proverbios infernales”: “El camino del exceso conduce a la sabiduría... La prudencia es una rica, fea y vieja solterona cortejada por la impotencia. Aquel que desea pero no obra, cría pestilencia... Jamás se convertirá en estrella aquel cuyo rostro no irradie luz”.

    Melodia de afilador


    Melodia de afilador

    Al principio no fue Dios. Ni tampoco el Verbo, ni la imagen de los dioses, ni el fuego. La humanidad surgió del filo de un cuchillo. Nació en un filo de sílex, en una lasca de piedra viva o en una simple caña rota: allí encontró la humanidad su identidad primera. El primer paso hacia la luz de ese animal que llamamos hombre lo dio con sus manos. En el brillo solar de una hoja viva se le apareció la medida de todas las cosas, como en un encantamiento. Aquella fue su primera imagen de dios.

    Así descubrió su medida en el mundo, la primera unidad; la que definía su lugar en la Tierra. La unidad obtenida a partir de lo infinito, del Todo. El Todo quedaba a partir de entonces dividido en partes o por la mitad. Todas las partes que componen lo inalcanzabable y lo minúsculo. La esencia de la divinidad. El cuchillo-dios fue arma y herramienta. Instrumento divino que lo diferenció para siempre de los otros animales.

    El cuchillo abrió su mente a la luz cuando vivía sumido en el miedo y en la oscuridad. Extraña lobotomía que abría su mente en vez de cercenarla: ahora el lobo lo temía. El cuchillo marcó el fin de la hegemonía ejercida durante millones de lunas por otros animales más feroces que él. Y las otras fieras vieron aparecer un enemigo formidable en aquel mono bípedo que les podía hacer frente con mayores garantías que cuando se les enfrentaba armado con palos y piedras; porque desde aquel instante, con aquella unidad de medida – esa primera noción de la divinidad- que le confería el cuchillo tenía en sus manos el poder de un dios. A partir de ese instante pudo atacar a las otras bestias ordenadamente. Y se apoderó de sus territorios y prosperó junto a los suyos en las riberas de codiciados cursos de agua. E imponía su supervivencia a costa de la supervivencia de otras fieras.

    Pero no fue dios padre ni fueron dioses paganos quienes le dieron aquel primer cuchillo. Aquel presente fue un don caprichoso de la naturaleza, la única diosa que merece universal respeto. Rhea. Lilith. Abraxas. Isis. Shakti. La Tierra. La misma que dicta las leyes de la vida y la muerte. La que rige en eso que milenos después aquel mono desnudo llamó amor.

    En las religiones monoteístas no puede entenderse la divinidad sin referentes morales, pero para el dios Cuchillo no había espacio para el Bien y el Mal, entre el Bien y el Mal, porque entre el bien y el mal estaba su luz. El dios Cuchillo da la vida y trae la muerte. El dios Cuchillo llegó al hombre de la mano de Chaitán, el ángel dioscuro, emisario de la Gran Diosa Madre. El gran Pan de los primeros aqueos. Ellos lo representaban como un demonio de patas caprinas. Demiurgo: mitad hombre y mitad animal. El músico poeta. El peregrino equidistante entre el Bien y del Mal y muy por encima de ambos. La idea del bien y del mal llegó mucho tiempo después, para justificar las abominables acciones u omisiones de los sacerdotes judeocristianos y sus amos guerreros. Los mismos que con el tiempo llamaron Satán al ángel oscuro. Y Satanás. Y Luzbel. Y Lucifer. O también Lilith en su primera encarnación femenina a la Gran Diosa oscura. También le nombraron Abraxas, el hermafrodita. Padre y madre a la vez del árbol de la ciencia y de la serpiente que lo habitaba. Este mito fundacional que todas las religiones indoeuropeas han evocado -precediendo la llegada de los crueles dioses patriarcales y asociado al Mal- era un simple cuchillo. El cuchillo que corta, el instrumento que dio al hombre la primera medida de todas las cosas. El mensajero de la vida y de la muerte. Juez último del amor, verdugo del llanto. Un orden divino, por humano, nacido de las tinieblas del Caos. La primera Ley que aún hoy rige el destino de los hombres se implantó y floreció sobre la muerte de otros seres vivos, animales y vegetales. Sobre la muerte de otros humanos: menos inteligentes, menos crueles, más inseguros. Una fuerza secreta e incontenible que extendió sobre la Tierra un nuevo orden dioscuro: el mismo orden que aún hoy nos gobierna. Matar o morir: el dilema ancestral.

    Que nadie se extrañe ya del éxito de los fascismos durante el desquiciado siglo XX de nuestra era; durante los tiempos modernos regidos desde el simulacro: en el fascismo, en el nazismo subyacen los orígenes del dios Cuchillo. La identidad profunda que hizo de la bestia un humano. Del único, del otro yo, por encima del bien y del mal. Nada de ‘banalidad del mal’ ni monsergas edulcorantes. Heidegger se sometió con toda su inteligencia a la llamada del dios oscuro. El escepticismo visceral de Céline también cayó en la atracción este abismo. La altivez Jünger, al igual que el misticismo de Otto Rhan, hierofante contemporáneo de la búsqueda del Grial, que se suicidó –o fue suicidado- cuando descubrió que también él había contribuido a liberar la bestia. En la ceremonia de incorporación a las SS, los elegidos recibían la daga sagrada, decorada con el águila y la cruz gamada. No es casual que el irresistible ascenso de Hitler tuviera su punto álgido en ‘La noche de los cuchillos largos’. Como punto sin retorno inmediatamente posterior a la noche de ‘los cristales rotos’, equivalente del paso del Rubicón para Julio César y de la ‘noche triste’ para Hernán Cortés. Aquello se tradujo en el exterminio de los correligionarios nazis más feroces y menos crueles, más pobres y menos puros. El cuchillo liquidó a los escrupulosos; los puso en su sitio. Una vez más. la bestia se manifestó con el brutal sacrificio de la inocencia, una constante de todas las religiones occidentales. Con el ritual del sacrificio. La ceremonia constante, de Abraham a la última santa misa oficiada en la parroquia de tu barrio, pasando por los mayas y los cartagineses. Al fin y al cabo, los fascismos no eran sino una invocación telúrica colectiva, una sugestión generalizada que desembocó en la materialización inhumana de olvidados instintos animales; en la encarnación colectiva de miedos latentes que afloran en momentos de desgobierno y caos. En el auge de los fascismos no cabe sino interpretar una vuelta monstruosa a lo natural. El lobo caza al cervatillo. La leona devora la gacela. El imperio aplasta a las tribus dispersas, aunque hubiera más guerreros galos combatiendo en Alesia que legionarios romanos en formación. El cruel destroza al iluso. El perverso al ingenuo. El cazador cobra la presa. Que a nadie le escandalice esta realidad natural: forma parte de nuestra identidad profunda, vestigio olvidado de la bestia que fuimos y aun somos.

    En la hora de su nacimiento, al cuchillo lo apadrinó la atracción de lo oscuro. Lo oscuro que hay en todo lo que permanece oculto en el interior de la naturaleza. El dios Cuchillo le explicó al primer hombre que, para llegar al filo de lo infinito, para acercarse a la Luz, al reino de Aquel que todo lo abre, tendría que aprender a separar, pulir, romper, astillar, raspar, quemar y desgajar el alma de las cosas, de la materia. De los vegetales y de las bestias. De otros humanos rivales. Combatir, vencer y matar. Después, culminadas estas premisas, tendría que aprender a repartir con sus semejantes, sus iguales, a sumar mediante la división. El origen de nuestra civilización es un cuchillo que corta. Si los símbolos expresan realidades ocultas, no es casual que a la justicia de los hombres se la represente como una cariátide soportando una balanza y sujetando una espada. Con los ojos vendados pero sosteniendo un cuchillo largo. El cuchillo es la medida última del rasero que a nos hace a todos iguales ante la Ley.
    De hecho, el dios oscuro ha marcado siempre el principio y el fin de las eras que ha conocido la humanidad: El origen y el fin de imperio romano se decidio en las hojas ensangrentadas de los guerreros. La caída de Bizancio y la conquista de América se concretaron en los filos de las espadas. La guillotina en Francia y la espada del verdugo en Inglaterra cercenando cuellos soberanos marcaron el inicio de la modernidad. No menos afiladas que la hoja de una guillotina eran las mentes que lograron cortar el átomo para que entráramos en la era actual. Los fedayin que estrellaron los aviones contra las torres gemelas iban armados con simples cuchillos afilados. Afilados como machetes que emplearon los hutus balamayanga para perpetrar el último gran genocidio que contemplamos impasibles desde Occidente.

    Un millón de años antes, el dios Cuchillo le explicó al primer ser humano que en cada una de las partes estaba el Todo. El dios Cuchillo le transmitió sus primeros rudimentos matemáticos. Una lógica sangrienta de la supervivencia. Una astronomía singular en la que él sería el centro del universo. Su primera y cruel lección de física aplicada. Las claves de una biología demencial: gracias a él descubrió que sin piel no hay animal. Que sin el animal y sin la piel del animal, él y su tribu no podrían soportar los rigores del invierno, ni desalojar al oso de su caverna, ni podrían habitar enfundados en sus pieles curtidas el alma de las presas, para respetar el orden que emanaba del Todo. Ni acercarse camuflados a otras presas para darles muerte y poblar de humanos el mundo entero. El filo del cuchillo le enseñó a dominar la naturaleza, a ser consciente de su eterna mortalidad, a moverse en una dirección, en vez de limitarse a aullar a la luz de la Luna llena. El mensajero oscuro le enseñó a matar y a morir sabiendo que era inmortal.

    Y así fue como pasó de presa a depredador aquel gran mono que aullaba a la Luna. Prosperó. Pequeñas diferencias que marcan grandes detalles. Una vez instalado en el territorio sagrado del dios Cuchillo, cuando fue consciente de que con la vida venía la muerte, se le aparecieron nuevas divinidades, que tardaron milenios en presentarse ante él. La lanza: el cuchillo vertical. Revolución circular del filo que se concentra en la punta donde se reúnen dos aristas que cortan. Lanzas que apuntan a las estrellas o al corazón del mamut y del león dientes de sable. El hacha, un cuchillo contundente de filo singular o dual que multiplica su corte con la fuerza del brazo. Símbolo fascista. Como sucede con la azagaya, antepasada del arco, que es lanza cuya punzada queda multiplicada por la extensión del brazo y el hombro. Símbolo falangista cuando viene acompañado de la opresión, que simboliza el yugo. El martillo, el anticuchillo, que concentra en un plano lo que aquél divide. Símbolo comunista acompañado de la hoz, hermana menor de la guadaña, el símbolo de la muerte. El arpón: cuchillo vertical que no tiene vuelta atrás, porque entra y ya no sale por donde entró. El anzuelo, versión paciente y a escala reducida del anterior. El arco y la flecha, inseparables y complementarios; síntesis de azagaya y lanza, pues ese pequeño cuchillo dual, que es la flecha, se clava cortando, desgarrando. La sierra, un cuchillo dentado que corta por contumacia. El buril, cuchillo que abre y vacía. El escoplo, el cuchillo de esculpir. La cuña, el cuchillo en simbiosis con el martillo. La barrena y el berbiquí, cuchillos circulares que perforan la materia en un rito espiral. La tenaza y la tijera, dos cuchillos articulados en torno a un eje fijo que permite multiplicar su poder mediante palanca.

    Al amparo del dios cortante, la humanidad descubrió también el alfiler y la aguja; dioses menores encerrados en sí mismos y destinados a unir, siquiera provisionalmente, lo que el dios afilado cortó para siempre. Y el peine, que es un cuchillo invertido compuesto por muchas lanzas pequeñas dispuestas para cuidar de las cosas delicadas. Para separar el parásito del cabello, el excremento mórbido del humano inmortal y para diferenciar lo masculino de lo femenino. Primera encarnación simbólica del cáliz contrapuesto a la espada, ese cuchillo largo. Seguramente fuera femenino el ser humano que los descubrió y perfeccionó; hembra tenía que ser la que invirtiera los términos primordiales de aquel feroz dios primigenio, consagrado y venerado por el varón, si nos atenemos a los mitos fundacionales de las religiones indoeuropeas: Eva, Pandora, Fátima. Los generosos rasgos de la venus de Wilendorf no se entienden sin la aportación nutricional del dios cortante en la mano del cazador. La prosperidad basada en la complementariedad hombre-mujer y originada por la contraposición de ambos términos fue la segunda Ley natural que se derivó de aquel acuerdo entre los monos erguidos y su nuevo dios: la espada simboliza el falo y al sexo femenino le dedica la gente vulgar el calificativo de ‘raja’, pero también, entre los poetas más exquisitos, se habla de ‘herida luminosa’.

    La entrada del dios cortante desencadenó inusitadas formas de relación entre homínidos. El cuchillo no sólo multiplicó su capacidad nutricional, también hizo posible el reparto de bienes entre el colectivo. Propició en él el habla, hija interior del cuchillo, fue el arma de doble filo que precipitó la entrada del hombre en el universo. Posibilitó la división de tareas. Poseer y compartir. Organizar una transhumancia ordenada. La mezcla de individuos de distintas latitudes, de distintas tribus. El primer mestizaje enriquecedor. El primer vestigio de conciencia de la propia mortalidad, un esbozo de religión. Las primeras ideas abstractas en el cerebro de una bestia. Ceremonias, entierros, chamanes, la aparición del estamento sacerdotal.

    Y así fue como se despertó en el hombre la soberbia asociada a su nueva condición de elegido divino; y animado por el contrato silencioso sellado con este su primer dios, cometió su primer pecado: la soberbia. Sólo entonces el homo sapiens se atrevió a dar nombres a otros dioses. Con el cuchillo cortó ramas secas y pudo alimentar ascuas ardientes y dominar el fuego. Reunidos alrededor del fuego empezaron a dar nombres a las cosas y a los dioses que emanaban de las cosas. Acaso la chispa de pedernal que encendió las hojas secas circundantes surgiera durante la ceremonia de creación de una lasca de sílex. Antes, claro está, el homínido había aprendido a temer y obedecer al fuego, espíritu intratable, que todo lo devora. Que no dejaba sino muerte y destrucción a su paso pero que, como el filo, trae vida y calor al espacio humano. El dios del fuego vino del filo y habitó su mente, la iluminó.

    Y de la idea conjugada con ese cuchillo interior nació el lenguaje hablado, antesala de la escritura, del verbo y de lo sagrado. El habla consiste, al fin y al cabo, en una penosa labor de corte especializado, ejercido mediante inspiraciones, proyecciones y cercenamientos sobre balbuceos, gruñidos y estertores animales. El habla es esa escultura fugaz producida mediante el empleo del aire necesario órganos concretos: domesticación del aire que respiramos. Melodía de afilador compuesta de fonemas silbantes y cortantes: estómago, garganta, dientes, lengua, paladar, nariz. Antes de la aparición de dios cortante el homínido balbuceaba, gritaba y aullaba. Gruñía con intención agresiva para atemorizar a sus semejantes. Pero sin herramientas, sin armas, sus manos le servían de poco frente a las garras de las fieras o la velocidad de las patas en los antílopes. El arma sagrada justificó para siempre su postura erguida. Le abrió las puertas al habla y al fuego, columnas centrales de la civilización.

    El mito de Prometeo, tan querido de los anarquistas, es pura falacia. El fuego, llama sagrada, significa destrucción, aflicción de la forma. Entropía. Busquemos la fuente de la verdad en los mitos. El dios menor Proteo era poliforme. No tenía forma propia y podía adoptar cualquiera de ellas. Como la materia, como la energía, como los sueños. Para los cabalistas, la sílaba egoísta ‘me’ intercalada entre las dos sílabas del nombre de aquel dios menor, inaprensible, le conferiría identidad humana al mito titánico. No hubo titanes antes de que los hombres inventaran a los dioses: un simple hombre fue aquel titán. Prometeo: yo soy el que domina la forma. El cuchillo y no el fuego, dio forma humana al mundo animal, al mundo de las cosas, al mundo conocido. El hombre dominó el fuego afilando un cuchillo. Cualquier naúfrago os contará que la cosa más preciada que un humano aislado puede desear es un cuchillo. Un preso os dirá lo mismo. Los solitarios, los afligidos, los abandonados pueden hablar con conocimiento de causa de lo realmente necesario. Después vino el fuego. Fuego y cuchillo: los primeros dioses. Los que abrieron la caja de Pandora (las entrañas de la diosa Naturaleza) y permitieron al hombre domesticar el habla, y las bestias, y todo lo demás.

    Y al dominar el fuego, se le aparecieron al hombre cosas maravillosas. La primera fue el cultivo de la tierra. Pues viendo como del terreno calcinado renacía la vida, los árboles y las frutas, quiso imitar al dios ardiente. Ser dios como él. Creó mundos. De las sombras que proyectaba el fuego domesticado –hijo del cuchillo- en la caverna se desprendió el primer simulacro. Un cinematógrafo primitivo, sombras chinescas. La República de Platón es, ante todo, simulacro. No es casual que los dragones de la virtud, los inquisidores, invocasen las virtudes del fuego purificador a la hora de quemar vivos a los herejes: sabían que, como ellos, el fuego miente, destruye, devasta, ignora, somete. Sobre la cruz se halla escrito el INRI: Ignis Natura Renovatur Integram (el fuego renueva a la naturaleza).

    Y dominando el fuego y el cuchillo el humano se pudo establecer en un lugar preciso de la Tierra y cultivarla al amparo de los ciclos telúricos de la vida y la muerte. Y de ahí surgieron los primeros asentamientos, familias y tribus; casas y pueblos. Luego, con la agricultura y la ganadería, guerras territoriales mediante, prosperaron ciudades y reinos. Y los hombres descubrieron la rueda y la navegación para mejorar sus resultados en la guerra. Y de la guerra y de los saqueos, de la opresión y de la esclavitud, aparecieron los emporios comerciales. Y gracias al comercio se hizo más fácil y más breve –más económica- la guerra entre tribus y clanes. Entre pueblos y naciones. Entre tribus e imperios. Y las estacas se volvieron lanzas. Y los cuchillos, espadas. Y de las espadas, las abominables obras que conocemos y queremos olvidar. Invasiones, saqueos, violaciones, matanzas, esclavitud, terror y muertes. Oscuridad. Y con las primeras monedas, hechas con el mismo metal que posibilitaba la creación de armas afiladas y cortantes, de lanzas y espadas, pagaron los imperios a los primeros traidores.

    Espadas. Los ‘Cuchillos largos’: así denominaban los indios americanos a los soldados azules que vinieron a exterminarlos para robarles la tierra. Un cuchillo largo sostiene en su mano el oficial al mando de un pelotón de fusilamiento, porque cuchillos largos son a fin de cuentas todas las espadas. Pues una espada, por mucha atracción que ejerza su imagen en las mentes masculinas e infantiles como sustituto del falo paterno, no es sino un cuchillo largo desprovisto de las cualidades industriales de éste: algo que sólo sirve para matar. O para imponer el temor que se deriva del miedo al dolor y a la muerte. Para infundir terror o también para la práctica deportiva, que es otra forma de locura comúnmente aceptada, incentivada, idolatrada desde tiempos antiguos. Las medallas deportivas recuerdan demasiado a las monedas que sirvieron para pagar a los traidores. Cuerpos sometidos al terror y a la muerte para una efímera gloria, por vanidad.

    La espada no fue la última metamorfosis del cuchillo primigenio. También está la llave. ¿Qué es una llave sino un cuchillo que separa discrecionalmente lo que está dentro de lo que está fuera? Instrumento que corta lo exterior de lo interior y viceversa. No es casual que los ladrones denominen ‘espada’ a la ganzúa que les abre el camino hacia el cofre del burgués. Al igual que cortan y separan la ‘llaves del paraíso’ en las manos del gran padre blanco que vive en Roma. Que no es más que un cuchillo que delimita la línea que separa la Tierra del Reino de los Cielos. La ‘llave del paraíso’ custodiada por un santo varón que fue mortal, San Pedro. Que negó tres veces a Dios antes de convertirse en la piedra angular que sostiene la bóveda de la iglesia: ¿el guardián de la llave del Paraíso? un traidor, un renegado. Guardían del cuchillo gigantesco que separa a justos de pecadores, a fieles de infieles, a buenos de malos. Conviene que los humanos empiecen a leer entre líneas esas ‘sagradas escrituras’. Que descubran verdades entre sus versículos y sus dogmas, entre tantos silencios clamorosos y demasiadas parábolas confusas, las gigantescas mentiras expelidas por ese extraordinario instrumento de opresión y dolor, la iglesia católica, apostólica y romana. Estructura colosal de infringimiento y de muerte tan sólidamente edificada para beneficio de pérfidos por esclavos sumisos para solaz de poderosos por los siglos de los siglos. Amén.

    Pero antes de ser todopoderoso y enviarlo a habitar los cielos o de hacerlo residir en las cosas que no comprendía, el primer dios de los hombres cabía en la palma de su mano. Imponía el respeto de sus iguales y le confería majestad, esa forma de divinidad terrena. Imposible imaginarnos a Tarzán sin cuchillo. Sí que podemos visualizarlo desprovisto de taparrabos. A fin de cuentas, el taparrabos es para el rey de los monos un accesorio prescindible, no así el cuchillo. La principal función del taparrabos no es la de ocultar los atributos viriles del Rey de los monos, sino la de sujetar su cuchillo, ostentoso atributo viril, y mantenerlo a su alcance, junto a su mano derecha y junto a su sexo, formando un trío invencible. Póquer de ases cuando la cabeza está coronada por la inteligencia. Los atributos del soberano son la corona y la espada.

    El trono y el armiño son accesorios muy posteriores y su empleo denota decadencia, abulia y sedentarismo en la realeza: la corte de aduladores, el banquete de notables, el cobro de tributos a poblaciones sometidas, las chanzas del bufón. Los cuellos de los primeros monarcas se distinguían por su poderosa estructura capaz de sostener erguida la testa coronada, no por su envoltorio. Lo mismo que sus regias posaderas: sólidas, dispuestas a cabalgar y combatir al frente de sus iguales, primus inter pares. Sólo con la decadencia apareció el simulacro, la prótesis, la parafernalia. El cetro de los reyes es una simple prótesis divina. Simulacro patético del dedo de Dios Padre Todopoderoso, una vez superada la etapa de disuasión que le otorgara al soberano su espada, el cuchillo largo.

    En el cuchillo están la luz, la flor y el alma pero nadie quiere deberle nada al ángel oscuro. Es éste otro tabú generalizado en la sociedad occidental y denota infinita ingratitud, perfidia, fariseísmo. Andy Warhol provoca escándalo en la sociedad bienpensante cuando exhibe y vende sus cuadros de cuchillos y pistolas, a muy buen precio, por cierto. Hay algo telúrico en el filo que nos angustia, porque nos han imbuido la idea de que somos hijos mortales del dios padre todopoderoso. No sucede lo mismo en Oriente. Los samuráis y los ninjas que tanta admiración suscitan en nuestros adolescentes veneran el filo de la espada como frontera que une y separa los dos mundos (los de la vida y de la muerte) y también como puerta de acceso a otros mundos sagrados, territorios reservados a la divinidad, al dios afilado.

    Un cristo con los brazos en cruz, como una espada invertida, preside la ciudad donde se desarrolla la mayor parte de este relato. Visible desde todos los rincones de la ciudad, su omnipresencia contrasta con la clamorosa ausencia del verdadero protagonista de aquella escena: Satán, el ángel oscuro, al que se atribuyen las palabras de la tentación: Tibi Dabo (yo te daré).

    Marzo de 2008 ©

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